On a beaucoup parlé, ces dernières années, de « santé mentale des jeunes » comme d’une vague. Dans les infirmeries, ce n’est pas une vague. C’est une file, des récurrences, des silences. Une infirmière de lycée, dans une ville moyenne de l’Ouest, décrit son été : appels de parents, dossiers d’aménagement, listes d’attente de pédopsychiatrie qui dépassent la Toussaint.

La rentrée n’est pas le problème. Elle est le révélateur. Le lycée rassemble ceux que l’été avait dispersés. Les troubles, eux, n’ont pas pris de vacances.

« Ils ne viennent pas pour un cachet. Ils viennent parce que c’est le seul bureau où l’on ne note pas. »

Ce que l’institution voit, ce qu’elle peut

Les infirmières ne sont pas des thérapeutes. Elles trient, oriente, parfois simplement laissent parler. Le « PsyEn » est saturé. Le médecin scolaire passe. Le professeur principal signale. Chacun fait sa part, trop petite.

Les proviseurs demandent des postes. On leur répond des « ressources ». La différence n’est pas sémantique. Un poste, c’est une personne dans un bureau. Une ressource, c’est un diaporama.

Écrire sans pathos

Il ne s’agit pas de faire du lycée un hôpital. Il s’agit d’admettre que l’école est déjà un lieu de soin par défaut, faute d’offre ailleurs. Comprendre cette actualité, c’est écouter celles qui tiennent l’infirmerie — et cesser de croire qu’un numéro vert remplace une présence.