On photographie des flamants. On devrait photographier des vannes. La Camargue tient par des niveaux d’eau, des licences de sel, des rizières, des lagunes. Chaque été un peu plus salé, un peu plus discuté, un peu plus cher à maintenir. Les uns veulent de l’eau douce pour le riz. Les autres, de l’eau saumâtre pour les oiseaux. La mer, elle, avance sans arbitrer.
Les salins, les manadiers, les naturalistes et les élus ne parlent plus la même langue, alors qu’ils partagent les mêmes digues. C’est le signe qu’un équilibre ancien se défait.
« Ici, l’écologie n’est pas une opinion. C’est un métier d’éclusier. »
Le sel comme révélateur
Quand l’eau douce manque, le sel remonte. Quand le sel remonte, le riz recule. Quand le riz recule, un paysage ouvre, un autre se ferme. Les oiseaux ne votent pas, mais ils se déplacent. Les statistiques de fréquentation des étangs, lues sur dix ans, disent déjà le glissement.
Les financements existent : plans lagune, adaptations, études. Ils arrivent plus lentement que l’eau. C’est toute l’histoire climatique française, condensée dans un delta.
Ni sanctuaire, ni usine
La Camargue n’est pas un parc qu’on ferme. Elle n’est pas non plus une zone industrielle qu’on cède. Elle est un compromis hydraulique. Comprendre cette actualité environnementale, c’est cesser de la raconter comme une beauté menacée. C’est la raconter comme une infrastructure, et se demander qui, demain, paiera les vannes.