Le mot « désert » est excessif si l’on s’en tient aux bâtiments. Les amphis existent. Les parkings aussi. Ce qui disparaît, c’est la possibilité de faire un parcours complet sans quitter son département. En Occitanie, la carte universitaire se réécrit par retraites successives : une licence de langues qui ne recrute plus, un master professionnel « mis en sommeil », un IUT dont la spécialité rejoint Toulouse « pour des raisons de seuil ».

Nous avons passé trois semaines entre Rodez, Albi, Nîmes et Perpignan. Le discours officiel parle d’attractivité et de massification maîtrisée. Sur place, les personnels parlent d’autre chose : de seuils, de mutualisation, de « sites » qui cessent d’être des universités pour devenir des antennes.

« On ne ferme pas l’université. On la vide de ce qui permettait d’y rester. »

Le seuil, cette arme administrative

Tout commence par un chiffre. En dessous de vingt inscrits, une maquette devient « fragile ». En dessous de quinze, elle est « non viable ». Personne ne vote la fermeture. On cesse d’ouvrir le recrutement. L’année suivante, les étudiants restants sont incités à rejoindre le site principal. Le campus secondaire garde son nom, perd sa substance.

À Perpignan, une enseignante de lettres décrit le phénomène sans colère, ce qui est plus grave. « Nous avons encore des étudiants. Nous n’avons plus de collègues. » Les vacations s’allongent. Les permanents partent vers Montpellier ou vers le secondaire. La recherche, déjà mince, s’évapore.

Ce que paient les familles

Le coût n’apparaît pas au budget de l’État. Il apparaît dans les loyers toulousains, dans les trains du dimanche soir, dans les renoncements. Un bachelier de l’Aveyron qui veut une licence de psychologie n’a plus le choix du site. Il a le choix de partir, ou de changer de projet. L’orientation devient une affaire de logement.

Les présidents d’université, interrogés, rappellent la contrainte : autonomie, évaluation, internatisation des classements. Ils n’ont pas tort sur la mécanique. Ils ont tort sur le récit. L’Occitanie n’est pas en train de « concentrer l’excellence ». Elle est en train d’organiser l’éloignement, campus par campus, sans le dire.