On peut rire de l’idée : la Comédie-Française « allant au peuple ». Le cliché a cent ans. Ce qui est nouveau, ce n’est pas l’intention. C’est le diagnostic interne, plus froid. Les abonnés vieillissent. Les scolaires viennent, repartent. Les habitants de la première couronne, eux, n’ont pas un problème de goût. Ils ont un problème de trajet, de tarif, de sentiment d’être invités dans une maison qui n’est pas la leur.

La saison qui s’annonce réserve des représentations à Aubervilliers, Vitry, Montreuil, dans des salles déjà pleines d’autre chose que de classique. Les sociétaires n’y vont pas en missionnaires. Ils y vont, dit l’administrateur, « parce que la maison se vide de son évidence ».

« Le national, ce n’est pas le périmètre des colonnes. C’est la possibilité d’être entendu sans avoir à traverser la Seine comme une frontière. »

Ce que le classique devient hors les murs

Le répertoire ne change pas d’un coup. Le rapport au public, si. Hors du Palais-Royal, on joue plus vite, on explique moins, on accepte le bruit. Plusieurs comédiens le disent sans mépris : « C’est plus vivant, donc plus risqué. » Le risque, pour une institution, est précisément ce qui lui manquait.

Les maires concernés, eux, ne veulent pas d’une photographie. Ils veulent des ateliers, des retours, une inscription dans l’année scolaire. Sinon, ce n’est qu’une tournée de légitimation.

La question que la maison n’aime pas

Faut-il déplacer le public, ou déplacer la scène ? La Comédie-Française tente les deux, avec des moyens d’État qui ne suivront pas indéfiniment. Comprendre cette saison, ce n’est pas célébrer « l’ouverture ». C’est voir une institution nationale négocier sa pertinence, pièce après pièce, au-delà de son code postal.